« Des fictions au service du réel, la transmission à l’oeuvre

Je réalise des photographies à partir d’un réel que je fictionnalise. Mon travail commence par la rencontre d’un groupe et des individus qui composent ce groupe. À partir de cette rencontre j’ imagine un protocole, j’invente des partitions dans lesquelles – les autres – celles et ceux avec qui je travaille, peuvent aménager un espace personnel en tout liberté. Cette partition est un cadre narratif et fonctionne comme une règle du jeu, elle me permet de donner à voir et souvent à entendre les singularités de chacun et les espaces communs qu’ils partagent. Ces espaces en communs peuvent être physiques ou symboliques, un lieu, une marginalité, un rêve.

Le protocole artistique toujours simple qui tient en général en une phrase, une proposition :

«Je vous propose de revêtir la peau d’une personne de pouvoir de la France d’hier ou d’aujourd’hui.» Proposition faîte à 10 mineurs isolés étrangers à Bordeaux. Titre de la série : Voyage sous une autre peau.

La question de la transmission au coeur du processus 

Je m’intéresse au processus de transmission des récits et plus particulièrement au processus d’appropriation et donc de déformation de ces récits, individuel et – ou collectif. L’espace de déformation – l’élaboration de la fiction- est le creux de mon travail artistique, car il loge et réunit dans son pli, les singularités des participants et leurs croyances, les imaginaires et les humanités collectives. Je mets en scène des tableaux vivant, des fictions potentielles ouvertes qui proposent de relire et de relier, en d’autre terme de transmettre. Dans un même cadre, s’enchevêtrent des temporalités et des géographies éparses, des symboliques qui font appel aux codes du souvenir et de la mémoire. J’aime traduire des espoirs en actes, des idées en récits et les rendre possibles le temps de la photographie.

J’imagine et réalise des images de possibles avenirs, des images de possibles transformations, des images de possibles devenir.

Au fil des séries, s’organise et se révèle une collection de mémoires souvent invisibles, celles de personnes qui connaissent temporairement ou plus durablement une forme de marginalité. Chaque photographie est mise en scène minutieusement, j’élabore le cadre, le paysage, le décor, le costume et le geste.

Mon travail artistique évolue dans les scènes de l’art contemporain et du spectacle vivant au près de commissaires ou de programmateurs qui créent des dispositifs de rencontre entre un artiste et des individus. Du côté du spectacle vivant des Scènes Nationales comme Pronomade ( 31 ) ou le TNBA à Bordeaux, des structures comme Derrière le Hublot ( 12 ), la Gare Mondiale ( 24 ) ou Chahuts ( 33 ). Du côté de l’art contemporain, ENBA de Quimper ( 29 ), la Fabrique POLA ( 33 ) , la biénale Panoramas ( 33 ), la Cuisine ( 82 ). Mais aussi des collectivités telle que la ville d’Eysines ( 33 ), la ville d’Indre ( 44) ou de la ville de Pau ( 64 ).

Les productions, sont photographiques, et en collaboration avec d’autres artistes elles deviennent, sonores, culinaires et performatives. Elles prennent places dans des galeries ou sur une scène de théâtre. Elles sont élaborées avec du temps. Je produits peu et lentement. Les cadres d’invitation propices à mon travail sont alors des moments de résidence, ou des temporalités qui me permettent de prendre le temps de rencontrer, de créer une complicité, d’élaborer de mettre en scène. »

Anne-Cécile Paredes

Projets réalisés : 

Du matin